Une approche différente de l’allaitement, le « Biological Nurturing »

Je voulais aujourd’hui vous parler « biological nurturing » (BN) ou l’allaitement instinctif. Nouvelle approche certes, mais, tout comme pour l’accouchement physiologique, il s’agit plutôt d’un retour en arrière, à l’instinct primitif, pour redonner confiance aux mères et s’éloigner de l’environnement ultra médicalisé créé autour de la naissance ces dernières années.

Loin de moi l’idée de dénigrer la médicalisation, bien au contraire. Elle permet de sauver des femmes, des enfants de complications que l’on ne savait pas prendre en charge. Mais quand tout va bien, pourquoi appliquer des protocoles si lourds entravant la physiologie naturelle de l’accouchement ? La naissance n’est pas une maladie, alors pourquoi faire comme si ? Pourquoi se sent-on si vulnérable et soumise à l’hôpital ? Pour en revenir à l’allaitement, pourquoi la littérature éponyme se contente de lister positions, les accessoires, et surtout la longue liste de complications ?

Personnellement, j’étais très motivée pour allaiter mes enfants. A chaque naissance, j’ai vécu l’échec comme un déchirement. A chaque nouvelle grossesse, je me suis donc formée avec de nouvelles lectures. Pour finalement aujourd’hui me rendre compte qu’avec toute cette théorie, je me suis éloignée de l’essentiel : l’instinct maternel et le pouvoir de la nature

Comment les autres mammifères, y compris ceux qui se rapprochent et le plus de l’homme, comme le singe, font pour allaiter leurs petits ? Pourquoi y arrive-t-ils mieux que les humains ? Sans théorie, ni « préparation » à l’allaitement ?

Pourquoi le taux d’allaitement en France est-il si bas ? Et les abandons après quelques jours si nombreux ? Pourquoi l’allaitement, un processus si naturel depuis la naissance de l’homme est-il devenu synonyme de difficultés, de fatigue et de complications ? Comment arrive-t-on à nous convaincre que donner des biberons de préparation industrielle serait plus sécurisant que le lait maternel ?

Dans cet article, je vais essayer de vous résumer l’approche très intéressante de Suzanne Colson, sage femme et experte en allaitement mondialement connue.  J’ai adoré ce livre.

allaitement BN

Qu’est ce que l’approche Biological Nurturing (BN) ?

« Pour les professionnels de la santé, c’est une méthode d’observations de comportements d’allaitement étayée par un nouveau paradigme centré sur la proactivité et les capacités des mères. Le défi pour les accompagnant(e)s  BN est d’organiser l’environnement propice à une pulsatilité d’ocytocine. L’ocytocine est le carburant de l’allaitement instinctif. » 

L’allaitement instinctif correspond à la capacité nourricière maternelle. La recherche BN montre clairement que, dans certaines circonstances, les mères ont des instincts d’allaitement. En d’autres termes, le rôle des accompagnatrices BN n’est pas d’enseigner (approche classique) mais de favoriser un environnement propice à l’application de ces réflexes primitifs d’allaitement.

Voyez-vous un parallèle avec l’accouchement physiologique ? Mais bien sûr ! Tout comme l’accouchement, l’allaitement doit retrouver sa physiologie en apprenant l’abandon de son néocortex (la partie du cerveau considérée comme le siège de la pensée, très développée chez l’humain), pour laisser la place à son cerveau primitif / archaïque / animal.

Si tu ne sais pas faire. Le mammifère qui est en toi sait faire.

Petit rappel biologique

Les hormones essentielles à l’allaitement sont fabriquées par l’hypophyse (dans le cerveau) :

  • La prolactine qui agit sur la sécrétion du lait. Elle est sécrétée pendant et après la tétée (taux maximal 40min après la tétée). Son pic se situe entre 00H et 3H du matin.
  • L’ocytocine qui agit sur l’éjection du lait. Elle est sécrétée de façon pulsatil (environ 6 à 10 pulsions par tétée) puis revient à son niveau basal 6 minutes après la tétée. Elle est aussi appelée hormone de l’amour.

L’allaitement selon l’approche BN :

L’idée est de créer un environnement propice à la fabrication des hormones ainsi qu’au développement des reflexes archaïques de la femme et surtout du bébé.

http://www.biologicalnurturing.com/
  • Une position simplifiée et confortable:
    • Suzanne Colson évoque 360 degrés de positions instinctives (fini les schémas de positions d’allaitement avec des noms à coucher dehors). C’est free J
    • Jusqu’à la veille de la naissance, le bébé est dans le corps de sa mère ; le jour de la naissance, sa place est sur le corps de sa mère. Le bébé repose sur un espace corporel maternel important (fini aussi les coussins d’allaitement pour poser son bébé). Il s’étale un maximum sur le corps de sa mère, de façon longitudinale, en contact ventral, nombril contre nombril, le visage près du sein, « à la bonne adresse ». Les pieds du bébé reposent sur le ventre de sa mère ou le lit afin de lui donner l’appui pour  « grimper » jusqu’au sein. Du point de vu maternel, le contact nombril contre nombril permet d’éviter la sensation de vide post-naissance, comme une gestation externe faisant suite à l’interne – où comment pousser la notion de 4ème trimestre à son paroxysme;)
    • La gravité de cette position favorise « l’auto-attachement » du bébé au sein.
    • Le corps de la mère est soutenu à 100% et détendu. La position semi-inclinée dans un fauteuil ou dans un lit en est la plus belle représentation.
    • L’importance de l’échange des regards entre la mère et son enfant est primordial pour la sécrétion des pics d’ocytocines.

NB : l’approche classique prône plutôt une position assise, le dos droit. Est-ce pour des raisons de société ? De bonne tenue ? Comme se tenir droit à table ? Même si l’homme est devenu bipède, le nouveau-né lui reste quadrupède, il est important de se rappeler d’où on vient et refaire confiance à notre cerveau primitif pour l’allaitement, grâce auquel l’humanité a réussi à se développer depuis des milliers d’années sans manuel d’utilisation J

L’importance du démarrage de l’allaitement selon l’approche BN :

Durant l’heure qui suit la naissance, la mère et le bébé sont particulièrement sensibles et synchronisés sur le plan hormonal pour démarrer l’allaitement maternel. Tant que les hormones de l’enfantement (un cocktail d’endorphines, d’ocytocine et de prolactine) circulent dans le corps de la mère elle aura la capacité de se comporter de façon instinctive.

  • La notion continuité nourricière : pendant la grossesse, l’enfant est nourri de façon continu par le placenta. Alors que la discontinuité prévaut en approche classique : après le premier peau à peau, le bébé est souvent placé dans un berceau en attente de signe « d’éveil » pour la mise au sein. L’approche BN adoucit cette « discontinuité » est conseillant 72H de peau à peau (entre 8 et 16h/jour) en mettant le bébé à « la bonne adresse » (= sur le sein de sa mère) afin de le laisser téter en mode « reflexe archaïque ».

NB1 : à noter que  « peau à peau » ne veut pas dire nudité. L’enfant et la mère peuvent être vêtus (avec un body par exemple), l’idée est que la tête du bébé soit positionnée près du sein afin qu’il puisse téter à sa convenance sans trop d’effort. Cette approche favorise les transitions entre les différentes phases de sommeil calme.

NB2 : un passage du livre m’a particulièrement touché, même si ce n’est prouvé scientifiquement. Après une naissance, il arrivé régulièrement qu’un nouveau-né passe plusieurs heures endormi dans son berceau. Alors qu’on nous explique que le bébé est fatigué par la naissance, Suzanne Colson attribue plutôt cette réaction à une situation de stress intense, post traumatique de séparation. A réfléchir…

  • Encourager les reflexes archaïques du bébé : dès la 13ème semaine de gestation, le fœtus développe ses réflexes de succion et déglutition de liquide amniotique. A la naissance, le nouveau né doit continuer d’appliquer ce reflexe sur le sein de sa mère pour ne pas « oublier ». En approche BN, les études montrent une importante diminution des défauts de succions et des douleurs maternelles de début d’allaitement.
  • Privilégier les tétées quand le bébé est calme, voire même endormi : le nouveau-né passe par beaucoup d’états différents et rapidement dans les premiers jours, avec des cycles de sommeil courts : sommeil calme, sommeil léger, somnolence, éveil calme, éveil agité, éveil pleurs.  Des études montrent que la période de sommeil agité/paradoxal est une période sensible d’apprentissage. Le reflexe de succion et déglutition se faisait d’ailleurs en état de sommeil in utero. Les bébés n’ont pas la notion de volonté de téter ou non. Favoriser l’allaitement en sommeil permet d’accéder aux reflexes archaïques « hors conscience ». Elle préconise donc la mise au sein pendant les 4 premiers états. Même si le bébé vous paraît endormi, c’est à ce moment là qu’il sera en meilleure disposition pour reproduire ses reflexes de succion et déglutition in utero.

NB : il existerait un lien entre la position du bébé dans le ventre de sa mère et celle de la position d’allaitement. La position longitudinale citée plus haut, adoptée par la majorité des bébés en fin de grossesse, serait l’explication de la position « instinctive » BN. A l’inverse, certains bébés qui étaient par exemple en position transversale se sentiraient mieux ainsi pour téter.

Conclusion :

La Biological Nurturing est une approche proactive. La maman prend l’initiative en gardant son bébé endormi sur son sein les premiers jours.

Ainsi le BN :

Un exemple de l’approche BN
  • Maintient le bébé à la bonne adresse
  • Réduit les pleurs
  • Promeut des échanges précoces avec le bébé.
  • Augmente la confiance maternelle.
  • Réduit l’intensité et l’amplitude de l’expression des réflexes archaïques
  • Maintient la continuité de succion et de déglutition en états de sommeil
  • Favorise la prise du sein spontanée dans les états de sommeil
  • Augmente la fréquence des tétées, à l’image des rythmes de l’alimentation placentaire, ce qui aide l’adaptation métabolique
  • Offre aux mères le temps nécessaire pour résoudre des difficultés comme le « refus » du sein ou les mamelons douloureux.
  • Stimule le développement du cerveau, la mémoire et l’apprentissage précoce du bébé car, en états de sommeil, le bébé apprend rapidement à coordonner succion, déglutition et respiration.

Avez-vous déjà allaité ? Connaissiez vous cette approche ? Peut-être avez-vous adopté cette position instinctivement ? N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaire.

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